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Misanthropie, mon Amour. de HamsterNoeliste



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Informations

» Auteur : HamsterNoeliste - Voir le profil
» Créé le 01/06/2011 à 21:19
» Dernière mise à jour le 26/12/2011 à 15:28

» Mots-clés :   Drame   Présence de personnages du jeu vidéo   Romance

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Chapitre 14 : Memento Mori
~Death~
-Metroid Prime - Phendrana Drifts
-Clint Mansell [Requiem for a Dream] - Lux Æterna
-Renaud - Les Charognards

Il avait pris le soin de relever son couteau, qui laissait derrière lui sa longue trace de sang venant mourir à la porte. Personne n'avait néanmoins l'intention d'en profiter pour le suivre de près. Blue savait très bien où il allait, elle le suivait alors sans douter. Elle ne chercha pas à passer derrière ses enfants, ni a avancer devant son homme. Elle ouvrit la lourde porte recouverte de dorures et ornée de symboles reflétant l'exaltation des Dresseurs éclectiques qui l'avaient franchie. Mais Blue, suivie par les jeunes, ne fit attention ni aux statues de dragons ni à celles des prédateurs de feu ou d'eau.
Elle referma la porte.

Elle se précipita à la sortie, en descendant toutes les salles une à une, sans faire attention ni aux représentations draconiques enflammées, ni aux ténèbres funestes et infinies, ni à la chaleur brutale des laves rocailleuses, ni aux eaux aussi glaciales que les brumes, qui dominaient respectivement dans chaque pièce. De là, toujours suivie des jeunes, elle longea le long chemin vers l'imposant Mont Argent. Elle savait très bien qu'il y atteignait le sommet.
Cependant, même si elle connaissait chez lui l'inconnaissable, le pic enneigé n'en était pas moins vertigineux. Sa peur commençait à lui faire défaut. Les entrées paraissaient aussi innombrables que les sorties. Les traces gravées dans la neige étaient indistinguables des chemins officiels, s'ils existaient. Le froid ambiant depuis déjà des mois provoquait un mur de brume face à l'œuvre de la nature écorchée dans la roche. Ses pieds se piégeaient dans la neige. La morsure de la glace remontait dans son corps.

Elle pensa que ce n'était plus la peine de refouler sa peur. Elle se mit à chercher de gauche à droite frénétiquement, semblant vouloir retrouver quelque chose qu'elle n'avait pas perdu. Elle était blanche. Elle respira lentement. Tandis que sa fille s'approchait d'elle, elle rentra par la porte taillée face à elle.
Kafei observait l'intérieur. Il lui semblait ordonné par des escaliers et des planches semblant se frayer à travers les rocs, mais les liens entre chaque chemin étaient si longs que les parcourir serait dilapider son temps. De l'intérieur, le froid se précisait. Les ouvertures sur les autres cavités se multipliaient. Blue paniquait mais le silence était absolu. Seule la respiration profonde résonnait comme une voix extérieure.

Kafei, Zelda, et Laël avancèrent pas à pas. Blue, après avoir attendu un temps seule derrière eux, courut à s'en rompre la respiration, droit devant elle, peu importe les chemins tracés et les innombrables ramifications. Les parois creusées de l'intérieur n'étaient pas insurmontables, elle s'appuya avec force sur ses pieds et accrocha ses mains aux murs face à elle. Ses jambes tiraient, elle s'était arraché un ongle, elle pleurait, mais continuait à gravir jusqu'aux dernières salles. Plus elle atteignait de hauteur, plus la lumière de l'extérieur se voyait à travers l'ouverture. Face à la dernière ouverture d'où émanait le givre, elle commençait à être éblouie.
Ses yeux étaient à moitié fermés, son teint écarlate, ses jambes courbées à ras du sol. Elle s'agrippa à la paroi donnant sur le sommet, vomit en pleurant, puis finit par s'effondrer sur le sol.

Sa fille, accompagnée de Kafei et de Zelda, vint s'agenouiller auprès de son corps.
-Je lui avais promis de respecter sa fin ! Je lui avais promis ! cria Blue.
Kafei ferma les yeux.
-Il est trop tard pour nous. Je n'irai pas gâcher un semblant d'espoir en lui montrant l'image de ma pathétique lâcheté. Monte, Laël, montez ! Si nous ne mourrons plus, tant mieux pour nous. Quant à moi... Mourir, pleurer, dormir qu'importe.
Kafei porta la main à sa dague.
Laël ne pleurait pas encore. Elle resta longtemps auprès de sa mère, en lui parlant doucement, en l'embrassant. Lorsque les voix de l'extérieur commençaient à se faire entendre, Laël avança en criant :
-Je ne serai pas encore orpheline !

Ils entendirent des souffles de l'extérieur. Attendre ne servait plus, Laël la première entra dehors. Le père de Kafei et le père de Zelda se tenaient dos à eux. Plus loin, presque à l'extrémité, un jeune homme désormais adulte regardait dans la même direction. Il portait un manteau rouge laissant entrevoir sur ses jambes un jean noir, bardé à sa ceinture d'une équipe de six, de guides électroniques ingénieusement ordonnés, et d'insignes victorieux l'exaltant arborant son nom et ses titres : Gold, Maître Dresseur, Champion Suprême du Mont Argent. Il portait une casquette rouge et jaune, la visière placée sur la droite.

Tandis que Silver, au centre, dos au précipice escarpé que surplombait le sommet et que camouflait la neige, se retourna pour vivre une dernière fois face à elle.
-Laël, tu es venue.
Elle ne dit rien.
Régis, sur le ton dont il faisait preuve depuis le début de la confrontation, dénué d'un quelconque affectif mais plus proche de lui que toujours, continua face à Silver :
-Assume ta mort. Si ce n'est pour toi, si ce n'est pour nous, si ce n'est pour Eusine, au moins dis-le pour ta fille.
Il regarda en face le sommet.
-Tu le sauras dans l'avenir, déclara-t-il à Laël, droit dans les yeux.
Kafei commença à prononcer une phrase, jusqu'à ce que Gold le coupe en continuant la même d'une voix grave.
-Il n'y a pas d'avenir.
-Alors personne ne saura jamais, continua Sacha.
-Nonobstant votre obstination, personne ne saura rien. Bien sûr, si Eusine avait été là, tout le monde aurait su qu'il n'y avait rien à savoir, déclama Gold.
Silver le menaça du regard :
-Tu as l'air de connaître, jeune exalté. Pourquoi n'exposes-tu pas la vérité à ceux qui aimeraient la connaître ? lui adressa-t-il d'un ton pernicieux.
-Parce que c'est toi qui comptes mourir. C'est toi qui as réfléchi et mené tous tes actes grâce à ce que tu appelles la raison. Alors, si tu as calculé, tout devrait se passer sans encombres, n'est ce pas ? Mais pourtant, tout n'a pas respecté ta raison. Où en es-tu venu maintenant ? À ne pas assumer, voilà tout.
-À ne pas assumer mon passé, voilà tout ! cria Silver. Maintenant, que voulez-vous que je raconte ? J'avais prévu un avenir, je te le prouverai. Donc s'il y a un avenir, ils sauront. Mais moi, son mari, son père, leur modèle, votre ami, et enfin, ton plus profond ennemi, je n'en aurai plus. Mais, peu importe qui m'aime, peu importe qui me hait, peu importe qui comprend. Maintenant, je peux très bien faire croire que j'explique en racontant des faussetés.
-Avenir ou pas, Silver, je suis le seul à savoir, continua Gold.

Ses proches se rapprochèrent d'eux qui se confrontaient.
-Savoir ou pas, Gold, j'ai bien prévu de n'être pas le seul à mourir.
Silver saisit son couteau de son fourreau en cuir accroché à sa poche. Tenant le manche en bois très clair effilé et taillé sur les flancs, il pointa adroitement la lame sur son rival à l'exacte situation de sa trachée. Gold la rabaissa dédaigneusement en le provoquant. Silver résista à la force de son bras. Gold, commençant à admettre qu'il pouvait chuter, prit la parole, l'épée à la gorge :
-Aurais-tu la folie de me tuer, minable ?
-Non. Bien sur que non, lui répondit-il d'un ton sournois. J'ai l'honneur de t'assassiner.

Il le tint d'une main par l'épaule et de l'autre par la ceinture, le jetant à la neige. Il ne se baissa pas pour récupérer son arme ; il la laissa tomber sur son visage, pointant la pupille de son œil gauche. Gold hurla. Son sang courut à travers le sol glacé.
Silver se tourna et avança lentement face à sa fille, restée devant l'entrée avec ses proches.
-Bien, amorça-t-il. Au commencement de l'hiver, mon père m'a dit que Draco était un beau Dragon. J'en ris, et si j'avais un cœur, j'en pleurerais. Un Pokémon, une histoire de technique. Mais surtout, une noblesse, un honneur qui satisfaisait mon orgueil de misanthrope fièrement froid et intelligent. Il était ta dague, Kafei. Mais il était surtout, mon passé. J'étais jeune, j'étais assoiffé de victoire et de gloire, du haut de mon orgueil je me suis naturellement dirigé vers les champions. Certes, j'étais persuadé avoir déjà évolué, certes, j'aimais mes Pokémons et je respectais le sage professeur à qui j'avais volé mon premier, même si dans le passé, j'étais fier d'être un voleur hypothétiquement pernicieux et réfléchi. Je suis né misanthrope, je mourrai misanthrope. Que je sois fait de crime ou bien de mauvais choix, c'est mon passé qui m'a suivi. Si j'étais né affectif, je serais né affectif ; mais il se trouve que je suis né. Que je sois misanthrope ou que je sois amour, mon passé voulut se confronter au Maître ultime des Dragons, que l'on appelait Peter.
Il afficha une expression méprisante, respira, puis ferma les yeux avant de terminer.
-Mon passé n'a pas gagné. J'ai beau haïr ce que j'étais, c'est à partir de ma dernière défaite, de la mort de mon rêve, que j'ai commencé à chuter de mon ego. J'ai fini par oublier ma soif inextinguible de victoire, j'ai tiré à bout portant sur ce qui restait derrière moi. Mais en tirant sur mon passé, c'est une balafre que je me suis crevée, à petit feu, qui t'infecte, qui te ronge et qui te brûle, qui ne te lâche pas avant que tu ne crèves, exténué de l'avoir regretté durant toutes ses années.

Il regarda ses deux proches restés aux côtés droits et gauches du sommet. Il se tourna vers l'entrée, puis vers le précipice d'où coulait le sang de son assassiné.
-Avant de décliner, j'ai toujours rêvé... D'assister... À la chute d'un maître.
Il releva doucement sa lame tombée sur la joue de Gold, la leva violemment face à lui puis lui creva l'œil droit. Son ennemi ne soufra plus.
Il replaça son arme dans son fourreau. Puis, il libéra son Dragon, le laissa une dernière fois s'envoler, emportant, sur son dos, le corps de son rival. Son noble et glorieux orgueil aux ailes mordorées s'envola droit devant dans l'horizon. Lorsqu'il disparût des yeux lancinants et humides de son père, ce dernier se retourna.

Il leva son long manteau en cuir noir de sa main gauche. D'une poche intérieure gauche, il agrippa son revolver d'un noir éclatant, broyant la crosse renforcée par un cuir gris. Il le porta à sa tempe la main sur la gâchette, puis déclara :
-C'était ma dernière affabulation.

Il ferma les yeux puis pût enfin mourir.